Causerie : Histoire bretonne de la pomme de terre
La pomme de terre a eu du mal à s’implanter en Bretagne comme aliment de base des
habitants de la province. A peau sombre et poussant sous terre, elle rivalisait avec la truffe
comme invention du diable. La nourriture de base jusqu’à la fin du 18è siècle reste donc le
pain et la bouillie de céréales et il a fallu l’intervention directe, non pas de Parmentier, mais
celle de personnalités irlandaises, anglaises et bretonnes pour faire accepter cette
nouveauté dans l’alimentation des Bretons. Et, comme tout en Bretagne finit par des
chansons, il faut aussi rendre hommage au barde aveugle de Plouguiel, Yann ar Gwen
(1779-1849), qui a composé plusieurs chansons pour promouvoir la culture des pommes de
terre car, pour ne citer qu’un exemple, il chantai , en breton :
« Où trouverez-vous des choses à mettre en terre
Qui puissent les surpasser, ou même les égaler ?
Chacun reconnaît que, de tous les aliments, elle est la fleur
Et que rien ne se reproduit autant dans toute la chrétienté. »
En effet, une fois acceptée et appréciée par les paysans bretons, la pomme de terre est
devenue la vedette de leur table : au 19è siècle, époque où les Bretons, fuyant la misère,
quittaient les campagnes pour aller s’installer dans les villes françaises ou dans des pays
étrangers comme les Etats-Unis ou le Canada, de nombreux paysans et paysannes
trouvaient un revenu complémentaire en s’engageant comme saisonniers pour la récolte des
pommes de terre dans les îles anglo-normandes et particulièrement à Jersey. Ils en
revenaient deux mois plus tard les poches pleines de semences, ce qui a beaucoup
contribué à développer la culture d’une variété spécifique en Bretagne. Sous peu, un
commerce d’exportation de ces pommes de terre Royal Jersey, successivement connues en
Bretagne sous les noms de Flouk puis surtout de Duke s’est développé vers l’Angleterre qui
était particulièrement friande de cette variété précoce. Et ce sont tout particulièrement les
voiliers caboteurs du Trégor-Goëlo qui, de Saint-Brieuc à Roscoff, se sont spécialisés, au
printemps, dans le transport trans-Manche de cette marchandise.
Bref une histoire passionnante, graet e Breizh, qui a révolutionné l’alimentation des Bretons
et l’économie de la Bretagne.
La conférence sera donnée par Jacqueline Gibson, universitaire retraitée et première
présidente de l’association Océanide basée à Tréguier. Elle aura lieu le dimanche 31 mai
2026, 15h30, à La Fabrique à Paroles, 2 rue de Run Baëlan à Paimpol
